Le Parti Rhinocéros

Le Parti Rhinocéros
(texte Claude Laflamme)

CLAUDE LAFLAMME et MOUTON ROSE FILM INT’L INC. © Copyright / 1999

Longueuil 1963. Désillusionnés par la politique fédérale canadienne et inspirés par la nouvelle de l’élection d’un hippopotame du zoo de Sao Paolo, au Brésil, l’écrivain et médecin Jacques Ferron et un groupe d‘amis québécois décident de fonder un nouveau parti politique canadien : LE PARTI RHINOCÉROS.

Celui-ci se démarque de tout autre parti politique, et ce, grâce à son esprit artistique, son humour caustique et son sens du spectacle médiatique. " Grâce à son originalité et à son esprit, il a immédiatement connu un certain succès de salon… et de presse. " (André Béliveau, La Presse) Le Parti Rhinocéros s’implantera au Canada et à l’étranger.

Il se donne alors comme objectif de dénigrer la politique canadienne. L’ironie, la satire, les fumisteries politiques et le ridicule font partie des stratégies qu’il invente durant ses campagnes électorales.

Mais au-delà de l’image comique véhiculée par les médias, le Parti Rhinocéros se disait " un parti séditieux, un parti d’escarmouche, de guérilla idéologique " (Jacques Ferron).

 Bêeeeeeeeee !

En 1960, sous l’impulsion de "

" la Révolution tranquille ", le Québec vit une profonde transformation sur le plan social, politique et artistique. Nous assistons alors à la syndicalisation des travailleurs des secteurs privés et publics, et à l’affirmation d’un nouveau nationalisme québécois, tandis que les Vigneault, Ferland, Charlebois et cie marquent la scène culturelle québécoise et deviennent les nouveaux porte-étendard des Québécois à l’étranger.

L’histoire du Parti Rhinocéros s’étend sur une des périodes les plus passionnantes et les plus riches de la vie politique et artistique canadienne et québécoise, c’est-à-dire de 1963 à 1993.

Jacques Ferron, le fondateur du parti, pratique la médecine générale dans un quartier populaire de Longueuil. Doté d’une forte conscience sociale (humaniste), il a plus d’une fois dénoncé la déshumanisation de sa profession. Ce polémiste est l’auteur de plus d’une centaine d’œuvres littéraires des plus variées – pièces de théâtre, essais et fictions de tous genres. Avant de fonder le Parti Rhinocéros, Ferron médite longtemps sur la " leçon " de Sao Paolo, au Brésil, où un célèbre hippopotame du zoo local, nommé Cacereno, fut élu au parlement, sans jamais y siéger. Mais pour une fois, les électeurs brésiliens s’étaient bien amusés. À son tour, Ferron et un groupe d’artistes et d’intellectuels, dont Robert Cliche, Paul Ferron, Pierre Gascon, Otto Bengle et Rénald Savoie, fondent officiellement le Parti Rhinocéros. Contrairement à l’hippopotame du zoo de Sao Paolo, pour qui les citoyens avaient ironiquement voté en inscrivant son nom sur le bulletin de vote, les candidats du Parti Rhinocéros sont bel et bien éligibles selon la loi électorale canadienne.

Le Parti Rhinocéros lance sa première campagne électorale lors d’élections partielles dans le comté de Laurier, en 1964. C’est là que se développera le style satirico-politique du parti qui lui permettra d’obtenir son premier succès de presse. Pour le Jacques Ferron, le parti fournira aux Québécois l’occasion d’exprimer leur voix à travers la dérision. C’est plus tard qu’il se présentera lui-même contre le premier ministre canadien, Pierre Elliot Trudeau, dans la circonscription de Mont-Royal. Ferron récoltera 67 votes !

" Boom "

Cependant, pour Jacques Ferron, cela ne s’arrêtera pas là. Il aura aussi son rôle à jouer durant la crise d’octobre 70, lorsque les frères Rose demanderont sa médiation afin qu’il négocie leur capitulation. Cette négociation devait mener au dénouement final de la Crise.

En 1968, le Parti Rhinocéros trouve son premier candidat vedette en la personne du chanteur rock québécois Robert Charlebois. À 23 ans, celui-ci devient le plus jeune candidat à une élection au Canada. Il promet la légalisation du pot et du haschisch ainsi que l’approvisionnement en bière pour les personnes du troisième âge. C’est dans son quartier général, "la taverne Terrapin", qu’il annonce que, lors de sa réunion électorale dans Longueuil, il présentera un spectacle de chansons, baptisé " l’Osstid’cho ", Charlebois y chantera "Lindbergh",.

En 1979, le parti subit des mutations idéologiques. Il passe ainsi aux mains d’un groupe d’artistes du quartier Saint-Louis, de Montréal. Peu de temps après, Jacques Ferron choisit de démissionner de la gouverne du parti. Un nouveau chef est alors élu à vie: le rhinocéros " Cornélius 1er", né comme miraculeusement au zoo de Granby, le 10 septembre 1979. Robert Lynch Millet, qui assurait la survie du mouvement entre deux campagnes électorales, confie alors la destinée du parti à Charles Mc Kenzie, le concierge à vie du parti, et à Dominique " Wipette " Langevin. C’est grâce au brio des candidats comme Michel Rivard, François " Yo " Gourd, Victor-Lévy Beaulieu, Raoul Duguay, Charles McKenzie, premier candidat anglophone au Québec et Sonia " Chatouille " Côté que le parti connaîtra ses plus grandes heures de gloire sur la scène politique.

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Cornélius 1er, chef à vie du Parti Rhinocéros

Cornélius 1er vit actuellement au zoo de San Diego, où il sert à la reproduction de son espèce. Encore aujourd’hui, une plaque commémore son titre de " chef à vie du Parti Rhinocéros " au Canada.

Comme on est en droit de s’y attendre, le Parti Rhinocéros ne faisait pas de campagne électorale ordinaire. La clown extraordinaire , Sonia " Chatouille " Côté, par exemple, entreprend sa campagne immergée dans un bain d’eau savonneuse, paradant dans son quartier du plateau Mont-Royal, à bord d’une camionnette, tout en aspergeant ses électeurs en délire à l’aide d’une lavette. rhino_rue.gif (32469 octets)

Dans sa poursuite effrénée pour installer le pouvoir de l’humour, le Parti Rhinocéros se lance dans une de ses actions artistico-politiques les plus drôles.

C’est avec François " Yo "  Gourd, Roi du plateau Mont-Royal, et l’unique Michel Rivard en tête que le Parti Rhinocéros déclare la guerre au Royaume de Belgique, parce que le fameux reporter belge Tintin avait fait exploser un rhinocéros dans la bande dessinée intitulée Tintin au Congo.

Finalement, voulant protéger ses intérêts vitaux et ses ressortissants au Canada, la Belgique, décide de signer un traité de paix à l’ambassade belge, à Ottawa, lors d’un souper mémorable, le tout, devant une presse ravie. Bières belges, moules, frites et pot québécois étaient de la fête !

Les résultats sont étonnants. C’est le  success story  politique des élections de 1980 au Canada. Le Parti Rhinocéros, devient le 5e partie officiel du pays en récoltant 7% des voix au Québec soit au delà de 120,000 votes

Le Parti Rhinocéros s’implante au Canada et à l’étranger. Il a des ramifications jusqu’aux États-Unis, où Bill Lee, ex-joueur vedette des Expos de Montréal, sous la bannière des " Rhinos of America " , un parti à l’esprit vert, présente sa candidature à la présidence américaine contre Ronald Reagan. Lee était le délégué vert des " Hobos of America ", une association de mendiants, que l’on dit être les derniers hommes libres d’Amérique.

 
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Bill Lee, ex-joueur vedette des Expos de Montréal

En URSS, le parti est devenu le deuxième plus grand parti le jour où Léonid Valentev, rédacteur du magazine Krokodil, et Alexei Hordanov, rédacteur-adjoint, acceptaient d’en être les représentants. Krokodil est un hebdomadaire humoristique, publié à cinq millions d’exemplaires. Les Français auront aussi des représentants prestigieux comme le chanteur Renaud.

Ce parti politique officiel, pacifique, anarchiste et démocratique, brise ici les stéréotypes de l’anarchie chaotique que nous présentent en général les médias et l’histoire. D’ailleurs, jamais dans son histoire, il ne fut associé à une forme de violence quelconque; au contraire, il offrait une alternative aux nationalistes québécois extrémistes.

En 1993, le parti est officiellement rayé de la carte électorale parce qu’il a refusé de présenter des candidats lors des dernières élections. Cette décision est actuellement contestée devant les tribunaux.

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Et que la fête continue !




   
 
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