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Trudeau
vu par Jacques
Ferron
Textes à l'appui |
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Photo:The 80s
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Ferron
(né en 1921) et Trudeau (né en 1919) ont été tous
deux des acteurs et même des personnages de la vie
politique du Québec et du Canada pendant quelques
décennies. Nés à la même époque, leurs parcours sont
des plus différents. Ils se sont cependant peu connus et
croisés en de très rares occasions dans leur
«jeunesse». Trudeau: avocat, fédéraliste, premier
ministre libéral, initiateur des Mesures de guerre;
Ferron: médecin, nationaliste, Éminence de la Grande
Corne du Parti Rhinocéros, écrivain, médiateur lors de
l'arrestation des Felquistes.
Chroniqueur
et polémiste, Ferron a mentionné Trudeau dans près de 200 textes de toutes sortes! C'est probablement aussi le
personnage public à qui il a attribué le plus de
surnoms: le Castor, Da Nobis,
le Hamlet rhinocéros, Imago
Zéro, Sir John McDonald-sans-ouiski, Pierrot,
le Prince, monsieur
Sinclair, Pierre Sinclair, Télémaque-Trudeau,
Trudeau-tête-de-mort,
Zoro.
Voici
donc un petit florilège de citations de Ferron sur son
fameux collègue Brébeuvois devenu premier ministre.
Pour
mieux saisir le contexte de l'époque et vous rafraîchir
la mémoire, vous pouvez consulter un texte diffusé à
Radio-Canada dans la série sur les premiers ministres.
Dans
plusieurs textes, Ferron fait aussi référence au
discours «To the Nation» de Trudeau le 16
octobre 1970 pour
justifier la Loi des mesures de guerre. Un discours
historique certainement, mais le seul de ses
discours que Les collections numérisés du Canada ont mis en ligne! Le choix de ce
discours vaut bien des discours de madame Copps sur la
culture nationale canadienne... Qu'en pensez-vous? |
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«Le Pigeon
voyageur»
(1961) |
Pierre Elliott Trudeau,
qui a beaucoup voyagé et beaucoup oublié - autrement il
se serait embarrassé la tête qu'il n'a pas démesurée
- a trouvé en revenant de Chine que le pays sentait le
renfermé. Alors, il a dit dans Cité libre, une
revue drôle: «Ouvrez les frontières, ce pays
étouffe!» Par pays, il entendait, sans être
nationaliste, le Québec. Tout le monde sait en effet que
le Canada n'est pas un pays, mais un système ferroviaire
avec des locomotives... |
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«La
trahison des clercs»
(1962) |
Je n'ai pas eu
l'occasion de quitter mon pays. Je ne suis pas grand
clerc comme monsieur Elliott Trudeau. Le monde, je l'ai
appris à domicile. Et tout en étant plutôt bourgeois,
je n'ai guère quitté le milieu populaire. Je suis petit
clerc. [...] Pierre Elliott Trudeau ne s'est pas mis dans
un pareil pétrin. Il me fait penser à ces institutrices
franco-américaines qui parlent un français admirable.
Il est au-dessus de mes préoccupations quelque peu
sordides1. Il est grand clerc, je le concède.
1. Sur l'anglicisation du
français qu'il a découverte en banlieue de Montréal.
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«Le
purgatoire de Duplessis»
(1963) |
L'anti-duplessisme
commence à faire long feu. Ceux qui en ont fait
carrière, tel Pierre Elliott Trudeau, ne nous ont rien
proposé d'original: le statu quo et le complexe de
minorité, vieux mélange. Ils en sont à voir leur
incurie partout. Ça aussi ce n'est pas neuf. |
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«Le Hamlet
rhinocéros»(1964)

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Le Rhinocéros
tape de la patte à la nomination de Pierre Elliott
Trudeau à la biculture1. Comme il s'est toujours assis entre deux
chaises, il y sera à son aise. [...] Il n'a rien
compris, mais il en souffre. Il faut le consoler, le
pauvre petit, et lui donner la fiole, et lui tendre le
sein. Et encore là, il restera bouche bée, ne sachant
pas s'il doit prendre celui-ci ou l'autre. Pierre Elliott
Trudeau, c'est le Hamlet Rhinocéros.
1. Au Comité consultatif de la recherche, mis sur
pied par le Commission d'enquête sur le bilinguisme et
le biculturalisme. (P. Cantin) |
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«Nos
paroisses républiques autonomes»
(1964) |
[L']oeuvre1
de Pierre Elliott Trudeau apporte l'opinion de la momie
de Montesquieu. Voici comment cet écrivain travaille: il
a un médium, professeur à McGill. Le médium donne voix
à la momie. Pierre Elliott traduit. Le résultat est
épuré par un jésuite pour être enfin livré à la
consommation. Cela donne une impression de rigueur et de
bon sens. Et pourtant, il n'y a rien de plus machiné et
de plus artificiel.
1. Il
s'agit de l'ouvrage important dirigé par Trudeau sur la
grève d'Asbestos de 1949.
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«Un
excellent prétexte» (1965) |
Ce fut dans
l'admiration des hommes universels produits par des pays
heureux, bien établis, forts de leur histoire, sûrs de
leur avenir, que Pierre Elliott s'est dissipé; il a
voulu les inviter dans un pays où ils étaient
invraisemblables. Sa méprise l'a rendu arbitraire. Le
faix de ses ambitions devenues irréalisables
l'aigrissent. Salaud? Même pas. Il est seulement futile,
bon à être envoyé au bout du monde comme troisième
attaché d'ambassade. S'il s'agrippe à Ottawa, c'est
qu'Ottawa seul peut le sortir du Québec où décidément
il est perdu. Un fort en thème qui aura mal tourné,
rien de nouveau: ils sont souvent peu intelligents, les
forts en thèmes. |
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«Les
bâtisseurs de ruines»
(1968) |
Quand on est
fils à sa maman, on va de papa en papa et l'on peut
devenir ainsi, pourvu que la maman ait de la ténacité,
un bon petit garçon quadragénaire. On se garde de
devenir papa soi-même, car les bons petits garçons ne
font pas ça. On reste célibataire. C'est d'ailleurs une
façon de devenir premier ministre.
1. Cette historiette est une des plus complètes
consacrées à Trudeau, même si Ferron n'y mentionne
jamais son nom! Il faut cependant la lire en entier pour
en savourer toute l'ironie.
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«Le
revirat»
(1968) |
Duplessis a pu
permettre à Trudeau l'expression de quelques
contre-vérités qui ne manquaient pas d'à-propos. On a
cru alors qu'il avait des idées. Duplessis mort, on
s'est rendu compte qu'il n'avait rien d'autre qu'un
complexe anti-québécois. Il est plus dangereux pour
nous, à cause de son patronyme, que le plus arriéré
des Blue Nose [les habitants des Maritimes]. |
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«Les
arriérés en Cadillac»
(1969) |
... monsieur
Trudeau marque un progrès sur monsieur King: celui-ci
était le fils de la Standard Oil1, tandis que celui-là l'est de
la Champlain Oil2. Un progrès vraiment
extraordinaire qui laisse prévoir un troisième
célibataire, le premier ministre qui sera le fils du
«Ouellet Oil Gas Bar3». Et si, d'une absurdité à l'autre, le monde
tourne à la catastrophe, ils ne crèveront pas comme des
imbéciles.
1. MacKenzie King travailla pour
la Rockfeller Fondation propriétaire de la Standard Oil;
2. Charles-Émile Trudeau (père
de PET) fut propriétaire de la Champlain Oil; 3. Allusion au libéral André Ouellet. (P.
Cantin)
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«Finies,
les folleries» (1970) |
Le Canada avec Madame
Windsor comme souveraine, se prétend pays indépendant,
avec à sa tête Pierre Elliott, fils poisseux de
Champlain Oil et du Vatican, maître en enfirouapette
qui, magnifiquement, nous donne le français d'une mare
à l'autre, comme un bon rhinocéros, à présent que la
partie est perdue pour nous dans toutes les provinces à
l'exception du Québec. |
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«L'incompatibilité
de l'humeur et des lois» (1971) |
Dans son
discours «to the nation»1, Trudeau a eu grandement tort, dans un
mouvement de passion, de stigmatiser dans leurs personnes
les délits de certains condamnés, comme s'il cherchait
par son pathos, sur un air de fine musique, à les
marquer de son fer rouge. Cet ancien ministre de la
Justice a commis là une faute que j'estime grave. [...]
Trudeau a usé de sophismes. Un petit enfant et un
gérant de caisse populaire sur chaque cuisse, il était
bien touchant, trop même; cette performance manquait de
distinction; elle n'avait rien de britannique.
1. Dans cette allocution du 16 octobre, Trudeau
déclarait: «Demain, la victime aurait été un gérant
de caisse populaire, un fermier, un enfant.» (P. Cantin)
Voir le discours en ligne: «To the Nation» (16 octobre 1970).
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«Épithalame»
(1971) |
Le
lecteur n'est pas sans savoir que
le Prince (puisqu'on l'a
appelé ainsi à tort) n'a pas de nature mais une
infrastructure, quelque chose comme une machinerie avec
de la peau jetée dessus, à la manière des robots. |
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«Zoro»
(1971) |
Qu'y
a-t-il derrière Imago Zéro, derrière le play-boy de 48
ans, derrière
Zoro1, derrière Sir
John MacDonald-sans-ouiski? [...] il y a le décalage
entre le pragmatisme de son père, coulissier de la
Bourse, spéculateur, et l'idéalisme des jésuites; il y
a le fait que ce bûcheur, cet ambitieux, ce
pseudo-intellectuel, devenu héritier d'une belle
fortune, a choisi la mauvaise part du capitalisme, celle
du capitalisme rentier, parasitaire, qui ne crée rien,
à l'encontre de la bonne part, celle du chef
d'entreprise qui développe le pays et donne de l'emploi.
Cette fortune précieuse dans une collectivité pauvre
n'a servi qu'à l'ambition maladive d'un homme. C'est là
le péché d'origine du Prince.
1. Lors du match de
la coupe Grey à Montréal, Trudeau avait fait le botté
d'envoi vêtu d'une cape et d'un grand chapeau noirs.
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«Le
Dragon, la pucelle et l'enfant»
(1971) |
Il
aurait lu Machiavel et s'en serait vanté. On se demande
pourquoi: tous les sportifs de la politique, tous les
ambitieux du pouvoir lisent Machiavel. Le Prince ne
pouvait plus être princier du tout, ce qui me semblait
rendre compte de la vérité vu qu'il ne l'a jamais été
et que dès le collège, il ne se distinguait pas par
l'esprit mais par le collier, étudiant comme on laboure,
ni plus, ni moins. Même s'il n'était guère doué pour
le théâtre, ce qu'il y a de niaiseux en lui,
l'inconsistance de sa personnalité continue de
l'inspirer et d'un rôle à l'autre il s'améliore. |
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«L'Immortalité
et le bilinguisme du Dr Penfield»
(1972) |
Le vénéré
Docteur, neurochirurgien à la retraire, [...] ne craint
pas de se commettre avec les petits prélats du Vatican,
les Pelletier, les Gérin-Lajoie, qui portent la soutane
de nylon en dessous du pantalon, ni avec l'inestimable
Pierre Elliott de l'ambigu oecuménique, sorti frais
comme un concombre d'une série de vieilles barbes,
toutes ecclésiastiques. |
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«Une de
nos vocations manquées»
(1972) |
... après
avoir hérité des liquides de son Charlot et profité
d'un délit désigné sous le nom d'enrichissement indu,
après avoir pris des leçons de diction comme un
quelconque Camillien Houde, il venait d'hériter d'un art
indispensable en politique, l'art de mentir. |
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«Lettre à
John Grube» (1972) |
... sachez que ma haine
contre Pierre Elliott Trudeau vient en partie du fait
qu'il a eu le même maître que moi, le père Robert
Bernier, fils d'un juge du Manitoba. Avec une
différence: je l'ai eu pour maître en lettres et il l'a
eu en théologie et droit international. [L'autorité
politique internationale (1951) de Bernier] est
fortement anti-nationaliste pour deux raisons; la
première, que l'internationalisme du Moyen Âge a perdu
son latin et son importance sous la Renaissance; la
seconde, que le protestantisme dérive du principe des
nationalités. C'est en tant que catholique, par
nostalgie du Moyen Âge, que Pierre Elliott est
antinationaliste. |
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«Lettre à
John Grube» (1972) |
Je vous dis que le French
power m'affectait fort peu, parce que c'est d'abord
un papism power. D'ailleurs il est
déraisonnable: au moment où le français est en
régression, où il a perdu le Manitoba, le nord de
l'Ontario, la région de Moncton, Trudeau recourt à une
vieille sémantique, celle du français coast to
coast puis à un Canada polyethnique qui n'est qu'un
melting pot à la sauce de l'Opus Dei. |
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«Les Trois
Violences» (1973). |
... dès 1870 le
Canada, dont Pierre Elliott Trudeau s'est fait
l'apologiste en 1968, avec une précocité conforme à
son esprit, une siècle trop tard, exerce contre nous
cette violence institutionnelle dont la première
conséquence a été le retour au Québec de tous ceux
qui, de culture française, avaient eu la témérité de
franchir l'Outaouais, et la seconde, le terrorisme
symptomatique qui sévit à Montréal depuis 1963. |
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«Anne de
Melun» (1974) |
Pierre Trudeau
croit-il au Père Noël? Cela doit. Il montre en tout cas
une certaine habileté à nous le faire croire. Même
s'il vise bas, quitte à se répéter au début, lui
qu'on ne croyait pas capable, il vise de loin et vise
juste. Il se doit raisonnable. je le crois. Seulement, en
dessous de ses fausses clartés et d'une trompeuse
logique, quel fouillis! à partir du printemps de 1968,
printemps inoubliable au dire de Tonton Ryan diguedindon
diguedindonnant, il a régné sur une histoire si confuse
que pour y voir clair, il y a lieu d'étudier d'autres
périodes confuses... |
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«Ferron à
Ray Ellenwood»
(février 1977, inédit) |
Mon
cher Ellenwood,
Il y a un Boer
en Pierre Elliott Trudeau, lorsqu'il cherche à imposer
le français hors du Québec, où il encombre et ne sert
à rien, tel un dialecte néerlandais. C'est avec un
autre de ces dialectes, celui des missionnaires flamands,
que la révolte a commencé au Congo belge. Et c'est là
l'absurdité de cet homme, celle de prétendre sauver le
Canada par un bilinguisme qui donne le haut-le-coeur et
qui introduit avec ce vomitif l'acceptation du Québec
par chaque Canadien. C'est à rendre fou un Mennonite,
un Ukrainien, et même un Britannique. |
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«Le prix
de la mission et de l'ambition»
(1981) |
Je ne crois
pas que les intellectuels québécois, qui ne lui sont
pas indifférents, puisqu'il a été déjà de leur
confrérie mais qu'il décrie aujourd'hui qu'il n'en est
plus, aient une mission comme il s'en est donné une, une
mission qui justifie le pouvoir, son exercice et ses
abus. Leur mission au contraire réside dans le refus du
pouvoir et sa contestation. Qu'on me permette de citer
Pierre Elliott Trudeau: «Les vrais prophètes de la
liberté et de la justice, nous répond-il, ont toujours
été des solitaires qui ont payé de leur personne pour
accomplir leur mission.» Pierre Trudeau n'a pas encore
été crucifié, que je sache. Il doit confondre mission
et ambition. |
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