«La danse
et la mer» (manuscrit, tapuscrit et transcription)
(retour vers l'étude)
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Manuscrit (retour vers l'étude) |
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| La danse et la mer Lorsque goélands et mouettes tournoient sur la plage au lendemain dune tempête, leurs cris discordants, lodeur de la mer, les eaux qui se balancent sans rompre toutefois le vernis dun jour lumineux, la voile qui pend lamentable au mât dune barque, tous ces signes dune grande présence et d'une aussi grande absence, cette vie intense, ce calme plat sont la cause dune émotion profonde, qui vous soulève tout entier sur une vague venue du fond de votre cur. Le premier mouvement de la danseuse, après que les pas menus et hâtifs de sa curiosité lont abandonnée en face de la mer, est à la fois simple et extraordinaire; elle se hause, et, sans que son pied laisse terre, semble se dépasser; du moins va-t-elle plus loin que les limites assignées, en deça desquelles elle est en équilibre, sûre delle-même et de ses moyens. Aussi son second mouvement est-il dincertitude et de vertige : il accuse les cris discordants des oiseaux, la voracité de l'espace, le trouble profond et laltitude amère, que la beauté du jour, masque frivole, ne pénètre pas. Et puis, sans trop quelle sen rende compte, le tournoiement des goélands et des mouettes entraine la danseuse; elle tourne sur elle-même; ses voiles sont des ailes; son corps forme la tige de la fleur du jour, de la fleur quon effeuille et dont les pétales trombant deviennent au carrefour du ciel mouettes et goélands. Elle participe à léclat du soleil, aux miroitement des eaux, à la grande illusion qui recouvre la mer. Elle exprime lesprit de lhomme, le grand élan joyeux, les dents blanches du rire, le comble doré de la tragédie et de la mort La danse, qui sachève, redonne à la plage une femme meurtrie, en qui ne peut se reconnaître la fillette venue près de la mer sur les pas de sa curiosité, de son destin peut-être. La fleur est effeuillée, il ny a plus dailes dans le ciel. Avec lombre du soir, lamertume des eaux se répand sur la terre. Rivière-Madeleine, août 1947 |
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