Métamorphose1
(Le Jour, 6e année, no 27, 13 mars 1943, p. 6; repris dans Textes épars, p. 49-50)
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Je n'ai pas de trouble mental
Mais du côté sentimental
J'ai sûrement quelques atteintes.
Qu'elle soit blonde, brune ou blanche
Ou qu'en vert elle se soit teinte,
Qu'elle ait de petites hanches,
De grands pieds, une grosse gorge,
Dès qu'une femme me dit:"Georges!"
Je roule dans un grand vertige,
Je sens une fleur écarlate
Pousser en moi sa longue tige
Et sur ma face qui éclate
De confusion, entre'ouvrir
Les pétales de sa corolle.
Ainsi donc je me vois fleurir,
Je ne peux dire une parole.
Un mot, le plus simple soit-il.
Je suis une fleur sans pistil

Et mon parfum délicat dont
Je voudrais bien lui faire don
S'évapore sans que ma belle
Sente la douceur de son aile.

1. Texte signé " Jean-J. Ferron Erreur". Baptisé Jean-Jacques, "nom de bravoure" choisi par sa mère en l'honneur du philosophe Jean-Jacques Rousseau, l'auteur avait promis à cette dernière, le jour de sa mort, survenue le 5 mars 1931, de ne plus utiliser le premier de ces prénoms et de s'appeler dorénavant "Jacques tout court" ("Feu Jean-Jacques", IMP,17 août 1976 - historiette reprise dans papiers intimes, p. 419). Le texte a été inclus dans l'article de Pierre Cantin, "Quelques Poèmes de jeunesse de Jacques Ferron".