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II - C.D.A. Haffigan mon père III - M'man IV - Un renard anglais V - La guerre de Corée VI - La matrice des femmes ne moule guère VII - Papette, la hand-guidoune et le caniche VIII - Avant l'appareillage IX - Le sacrifice de Cétanne X - Le bâton à fouïr XI - Dieu XII - L'inévitable bosquet XIII - Frère Marie-Victorin XIV - Tel un hanneton XV - La raison d'un mât XVI - La défense du Castle XVII - Où les mouches ne gâtent rien XVIII - La mort de M'man XIX - Le juge Albert Sévigny XX - Liberté ! Égalité ! Fraternité ! XXI - N'est pas putain ... XXII - Trois fois qui en deviennent quatre XXIII - Où le bonhomme réapparaît XXIV - La session des caïds XXV - L'orignal présidait XXVI - Le ciel rouge XXVII - Olds 98, vision panoramique Fin : bilan provisoire |
(Photo, collection Société historique du Marigot)
Qu'on le sache d'ores et déjà : je n'écris pas, je dicte.
Le mois dernier, lorsqu'on m'eut persuadé que je me trompais et qu'avant d'être révolutionnaire il fallait que je me fisse une carrière dans les lettres québécoises, je fus décontenancé, pour ne pas dire interloqué. J'en parlais à
- Conney, non ! Tu déshonorerais le joual. - Mais, Gerry, ma carrière ? - Prends un académicien, mon vieux. Et de m'indiquer le chemin qui me conduisit chez un certain Monsieur Victor, citoyen un peu défraîchi, mais encore guilleret, dans le genre coiffeur à la retraite, qui me fournit l'article. Je pouvais commencer. Je n'avais pas soixante-six façons de le faire. Une seule, point d'hésitation : présenter mon héros, Arthur-Wenceslas-Jean-Marie Haffigan. Arthur-Wenceslas-Jean-Marie Haffigan, c'est moi. Pourtant, on ne m'a jamais appelé que «Conney». Je ne sais trop pourquoi. Si je soupçonnais quelqu'un, ce serait mon père. Il a toujours vécu d'expédients, porté qu'il était sur la politique. Peut-être m'a-t-il passé un télégraphe ? À ce second baptême, je ne répugne pas : Conney je suis et resterai. Le Castle passa au juge Gibbon, qui parlait surtout français, et du juge Gibbon, au juge Delorimier, qui parlait surtout anglais, franc-maçon sur les bords, à qui l'on doit une petite rue étonnante, aujourd'hui dans Longueuil, baptisée " Benjamin-Constant ". Ce magistrat avait grand-peur de ses compatriotes papistes et multipliait contre eux les précautions avec le résultat qu'il occupa si bien sa folie qu'il mourut très vieux. Son trépas surprit quand même, car on le pensait mort déjà. Il fut enterré, bien entendu, dans le cimetière catholique. Le Castle resta abandonné durant quelques années, jusqu'au jour où un Irlandais l'acheta pour pas grand-chose, c'est-à-dire pour un peu plus que ses moyens. Ce fut pis que l'abandon. Survint la prohibition américaine. Le nouveau propriétaire ne fut pas loin de se croire millionnaire. Il embaucha des peintres, les fit boire si bien et les paya si mal qu'il n'y eut que la moitié de la façade de repeinte. Cette restauration ne sauva le Castle de la décrépitude, même qu'après il ne fut plus que jamais tout à fait d'aplomb, penchant à babord, du côté des bardeaux pourris, remontant à tribord, la joue drôlement fardée. L'Irlandais était fils d'immigrants. Ses père et mère avaient traversé sur le même bateau que celui des Clough, laissant derrière eux la maladie des patates et l'Irlande en famine. Ils ne savaient pas trop ce qui les attendait devant, car ils voyageaient à fond de cale, dans une classe où les perspectives temporelles ne sont pas aussi claires que sur le pont, en première. Ils ne prévirent pas le choléra ni l'île de la Quarantaine, encore moins que leur fils se porterait acquéreur d'un castle, à Saint-Lambert. Jacques FERRON Publié la première fois dans L'Information médicale et paramédicale, 15 février 1966, p. 20-21. Réutilisé dans l'édition de 1970 (Éditions du Jour) : p. 60-63; 1997 (Petite Collection Lanctôt) : 44-47. À suivre... II. C.D.A. Haffigan mon père |
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Réalisé par la Société des amis de
Jacques Ferron |